Mais cette année j’allais la perdre, entre le paludisme et mon incompréhension du développement et de la programmation informatique, j’ai raté mon année mais j’ai aussi battu le record de demi-journée d’absence (138 – je m’en souviens encore tellement ça m’avait choqué).
Il fallait donc que je me reprenne en main ! De toute façon je ne pouvais pas passer en 2ème année de BTS, donc il fallait que je trouve une autre solution. Ayant un Baccalauréat STT Comptabilité Gestion, je me réoriente vers un BTS Assistant de gestion PME PMI mais cette fois-ci en alternance.
Je venais de trouver une école à Lyon pour faire ce diplôme mais la seule condition pour y entrer était d’avoir une entreprise qui m’accueille pour faire ma formation. Je commençais donc à chercher une alternance.
Je me souviens avoir passé deux entretiens, le premier était pour un groupement de salons de coiffure, mais cela n’avait rien donné, en revanche le deuxième allait un peu changer ma vie. Une société spécialisée dans la vente et l’entretien de bateaux et de moteurs recherchait 2 jeunes en alternance, l’un qui serait commercial et l’autre chargé de la gestion, accueil du client et assistant administratif.
L’entretien s’est tellement bien passé que le patron m’a fait visiter toute l’entreprise en sortant, nous avons discuté plus de 2h ensemble. Le lendemain j’étais confirmé pour le poste ! Tellement heureux et fier de décrocher par moi-même ce premier emploi.
En effet, il est temps de vous raconter une scène qui s’est déroulée 2 ans plus tôt. J’avais à peine 18 ans, j’avais donc le droit mais surtout l’envie de chercher un job d’été. J’ai grandi dans une famille où l’argent de poche n’existait pas ou très peu. “Si tu veux gagner de l’argent, va bosser !” Voilà ce que mes parents me disaient régulièrement ainsi qu’à mes frères bien sûr. Pour ce qui est de travailler, je n’ai jamais été fainéant, toujours près à donner le meilleur de moi-même et surtout de m’en sortir par mes propres moyens, ça c’est ma plus grande fierté. Du coup je savais qu’à l’époque, Géant Casino recrutait des jeunes en temps partiel. J’ai donc postulé comme tout le monde, je suis entré dans le processus de recrutement, j’ai fait l’ensemble des entretiens nécessaires et même plus vu qu’un jour je me retrouve dans le bureau de la DRH avec qui le courant passe plutôt bien. Il faut dire que j’étais très motivé car c’était un des seuls que je pouvais faire à l’époque : caissier.
A la suite de cet entretien la DRH me propose de venir essayer les caisses enregistreuses, pour voir si je peux m’asseoir convenablement sur le fauteuil et si je peux faire mon travail correctement malgré mon poids de 186 kg de l’époque. Après 20 minutes de test tout se passe bien, la DRH me libère, me dit qu’elle revient vers moi. Confiant je repars chez moi dans l’attente des résultats. Une semaine passe, pas de nouvelle, puis 10 jours, toujours rien… Au bout de 15 jours, je prends mon courage à deux mains et j’appelle le service de Ressources Humaines du Géant de Villefranche-sur-Saône.
Et là je vais vivre ma première discrimination face à l’obésité au travail…
Je demande à parler à Mme Faillot, la DRH, qui me répond.
Bonjour Madame, Antoine Daniélou, vous m’avez reçu il y a 15 jours en entretien pour devenir caissier en contrat étudiant, je n’ai pas eu de retour de votre part.
– Ah non en effet, je suis désolé mais vous ne rentrez pas dans les critères, vous êtes trop gros pour rentrer dans les caisses.
– Très bien madame, au revoir Madame.
Je raccroche totalement décontenancé. Mon père me voit avec un visage un peu déconfit et me demande ce qu’il se passe.
Je lui explique la situation, ni une ni deux il a pris son téléphone, cherché le numéro de l’inspection du travail et leur a téléphoné en expliquant la situation. Croyez-le ou non, le lendemain matin la DRH me rappelait pour me dire que mon poste m’attendait. Sauf que je découvrirai plus tard, certes que mon poste m’attendait mais qu’elle allait me faire vivre un enfer pour l’avoir dénoncé à l’inspection du travail.
Mais revenons à nos moutons, je viens de décrocher un contrat de travail en alternance dans une société spécialisée dans le nautisme. Albigny sur Saône, petite commune en bord de Saône entre Villefranche-sur-Saône et Lyon, possède un des seuls ports intérieurs de la Saône. Bordure de nationale, un magasin sur le côté avec des barques, des moteurs, des bateaux sur cales un peu partout et derrière, je découvre ce petit port, avec 3 grands pontons où sont amarrés les bateaux de nos clients. Il y a même une péniche au fond (un des employés, le mécano y vit, plutôt sympa comme endroit). Dans le fond du magasin à gauche, Miguel et sa femme, les deux patrons, lui gère les moteurs et elle la comptabilité et la facturation. Sur la droite 2 bureaux, un pour moi qui vais seconder sa femme et un pour mon collègue qui a été embauché en alternance tout comme moi et dans la même école. Tout ceci annonce des jours plutôt sympathiques.
Je porte mon anneau depuis 2 ans, je m’y habitue tout doucement. Celui-ci m’en fait voir de toutes les couleurs et même des étoiles. Et oui chaque fois que je vais vomir les spasmes sont si violent qu’en relevant ma tête des toilettes je dois m’asseoir car je vois des étoiles tout autour de moi et donc cette sensation de vertige et de tête qui tourne. Des moments particulièrement pénibles à vivre et revivre à chaque repas de tous les jours, de toutes les semaines et des prochains mois à venir. Je ne vous cache pas qu’il en faut du courage pour accepter tout ceci. Encore une chose à accepter.
Le rythme de travail est soutenu, surtout pour moi qui suis vite essoufflé. Même si je travaille souvent assis, la pause déjeuner est presque trop courte pour que je puisse avoir le temps d’avaler quoi que ce soit. De plus je suis tellement fatigué que je dois impérativement faire une mini sieste sinon je tombe sur mon bureau. Ce qui raccourcit encore plus mon temps pour manger. Je rentre alors dans un cercle vicieux, je suis épuisé j’ai besoin de dormir, je raccourcit alors ma pause déjeuner, donc je mange moins, donc mon corps est affaibli et je fini épuisé…
Malgré tout ceci, je suis dans un cadre que j’aime, je m’intéresse alors, de plus en plus, aux bateaux et aux moteurs (un vrai gosse dans cette entreprise). Je commence même à accueillir les clients et à discuter de leur passion tout en espérant leur vendre un meilleur bateau. Si bien que début Novembre, le patron vient me voir et me propose de m’emmener avec lui quelque jours à Paris pour le salon nautique. Qu’est ce que j’étais heureux !! Mon collègue aussi venait avec nous mais lui, devrait y rester toute la durée du salon pour rencontrer nos futurs clients.
Je suis alors chargé de toute l’organisation de notre déplacement à tous les trois pour Paris. Trouver un hôtel, comparer les prix des trains et de la voiture, me réserver un billet retour car je rentrerai au bout de 3 jours. Sauf qu’il en a été tout autre.
Si vous aimez les bateaux ou tout ce qui est en rapport avec la mer, allez découvrir ce salon extraordinaire. Arrivé Porte de Versailles, ces bâtiments qui n’en finissent pas, je pense tout de suite aux kilomètres que nous allons parcourir dans ce salon et je ne serais pas déçu.
Nous devions aller sur un des plus grands stands, celui des bateaux à moteur. En effet nous commercialisons à l’époque les bateaux et les moteurs d’une marque mondialement connue qui mettait un immense stand à disposition de l’ensemble de ses collaborateurs le temps du salon. J’étais vraiment comme un enfant le jour de Noël, il y en avait partout, ça brillait de mille feux. Le plus impressionnant c’était le hall des bateaux à voiles, j’étais vraiment tout petit à côté de ces géants des mers. Cette première journée fut très éprouvante physiquement pour moi, les jambes commençaient déjà à me faire souffrir et les chevilles, je ne vous en parle même pas. Mais tant pis, ce que je suis en train de vivre passe au-dessus de tout. Le lendemain, je me retrouve à accueillir les clients sur le stands, une clientèle très haut de gamme, et là, je me retrouve à faire des premiers devis, je n’en revenais pas! J’adore ça, ce contact, cet échange, le fait de vendre du rêve c’est juste génial !
En fin de journée j’avais fait plus de contacts que mon collègue commercial, à tel point que le lendemain, j’étais censé rentrer à Lyon, le patron me demande si je veux bien rester quelques jours de plus avec eux pour continuer sur cette lancée. Très heureux j’accepte avec une immense joie. Ce salon m’a vraiment appris que je peux aussi y aller, oser, FONCER! et que ça paye. En revanche physiquement, je repart de Paris totalement épuisé et à bout. J’ai vraiment tout donné!
Le retour sera bien moins sympa, nous sommes tombés en panne sur l’autoroute, nous avons dû patienter dans le froid plus de 5H en plein mois de décembre entre Paris et Lyon à 19H, certains se rendront compte des conditions catastrophiques.
Les vacances de Noël se passent et je reprends le travail après les vacances. Sauf que là je me rends compte que l’ambiance n’a plus rien à voir. Les jours passent et l’atmosphère est de plus en plus pesante, les patrons de plus en plus désagréables, et sur notre dos en permanence. A tel point que j’en arrive au “burn-out”, Je n’arrive même plus à me lever pour aller au bureau tellement j’ai peur de ce qu’il va s’y passer. Je finis par aller chez le docteur, qui me met 15 jours en arrêt de travail. “Vous n’aurez qu’à leur dire que vous avez un lumbago. »
En parallèle à l’époque, je vis en colocation avec mon petit frère dans un quartier de Villeurbanne. 4 étages à monter à pied tous les jours, avec plus de 160 kg à porter. Je ne sais pas si vous pouvez imaginer ce que cela représente. Si vous pesez 80 kg, imaginez que vous devez porter 2 fois votre propre poids dont la moitié chargée sur votre dos comme une combinaison de cosmonaute que vous ne pouvez retirer.
Comme j’ai 15 jours d’arrêt, je décide de retourner chez mes parents pour profiter un peu d’eux et du jardin. Ce que j’ignorais, c’est que mes parents avaient pour voisin le frère de mon patron… Quelqu’un qui a un lumbago et qui se retrouve avec une pioche dans les bras c’est pas très crédible, et ce que m’a dit le frère de mon patron qui m’a vu dans le jardin. Il faudrait sûrement que j’en réponde lorsque je retournerais à l’entreprise. 15 jours plus tard je retourne travailler, non sans une grosse boule dans le ventre, Je vais alors voir la patronne pour m’excuser du mensonge et lui dire la vérité sur mon état psychologique, mais celle-ci avant que je ne puisse dire un mot, m’explique que c’est terminé, que je peux rentrer chez moi. Je ne comprends rien du tout sur le coup. Son mari arrive et me dit alors que c’est fini, que la société est en liquidation judiciaire et que je peux rentrer chez moi.
Plus de travail, plus de contrats, comment vais-je continuer mon alternance? Mon école va-t-elle me garder?
Je suis complètement perdu.
Je vais donc à l’école le mardi suivant (j’étais sur un rythme de 2 jours à l’école et 3 jours en entreprise) et suis reçu par le directeur qui m’explique alors que j’ai un mois pour retrouver une entreprise si je veux pouvoir continuer mon diplôme.
J’ai déjà eu beaucoup de mal à décrocher cette société, comment vais-je faire pour trouver un contrat en si peu de temps???
J’appelle alors mes parents pour leur expliquer la situation. Quelques jours plus tard, mon père me rappelle pour me proposer un entretien dans la coopérative d’un de ses amis. Il m’explique par contre que si ça se fait je devrais me trouver un logement sur Villefranche et non plus avec mon frère. Ces deux points ne me posaient aucun problème. J’arrive alors dans cette coopérative spécialisée dans le chauffage et le sanitaire, une petite équipe de 2 commerciaux, 2 personnes à l’atelier, une secrétaire, un directeur, 48 artisans (qui sont nos patrons) et moi. Et oui j’ai été pris tout de suite (merci le piston), passionné d’informatique, mon directeur s’arrachent un peu les cheveux avec tout ceci, qui était vraiment nouveau pour lui, m’a chargé de simplifier certains processus et de toute la gestion du parc informatique de la coop.
J’étais aux anges, les salariés étaient vraiment adorables avec moi, jamais un seul jugement sur mon physique, j’étais chez moi là-bas. J’avais le temps de faire ma petite sieste le midi et même le temps de manger un peu plus. Je reprends alors goût au travail et à la vie.
Je vis encore à Lyon avec mon frère qui bosse alors dans un petit hôtel du 3° arrondissement pour payer ses études en tant que gardien.
Il sort alors avec une fille dont j’étais amoureux. Nous sommes à l’époque un groupe de copains assez soudés, beaucoup sont en couple les uns avec les autres. D’autre comme moi ou comme Marie-Laure sont alors célibataire. Un soir, nous étions chez mes parents dans ce grand jardin de Boistray, et prenant mon courage à deux mains et à deux pieds aussi (toujours très timide dans ces moments là), J’ose aller vers Marie Laure et lui déclare ma flamme.
- Tu me plais beaucoup, est-ce que tu accepterais qu’on sorte ensemble?
- Ohh c’est gentil, mais non, je refuse de sortir avec quelqu’un de notre groupe.
Plutôt déçu mais compréhensif, je laisse tomber. 3 semaines plus tard, nous étions tous en train de faire la fête chez des amis, je sors fumer une cigarette et là, qui je vois dans une petite dépendance, couchée sur le canapé dans les bras de mon frère? Cette fameuse Marie-Laure qui m’avait menti et vraiment pris pour un con. J’ai senti monter alors une colère au fond de moi, mêlée d’une déception et d’une amertume profonde. Mais je n’avais pas peur d’affronter cette colère à l’époque, je suis donc aller la voir et lui ai demandé une explication.
- Je suis désolée, je ne voulais pas te faire de peine, je sortais déjà avec lui quand tu m’as posé la question.
Une vague immense de tristesse s’empara alors de moi et je partit en larme de cette soirée.
Et en effet, je commençais à la voir régulièrement à l’appartement avec mon frère.
Un soir, il me propose de le rejoindre pour boire un petit verre avec lui pendant son service de nuit. J’y vais avec plaisir, et là il m’annonce qu’il va être Papa, qu’elle ne fût pas ma surprise… En dehors de le féliciter car vraiment j’étais heureux pour lui, cette amertume s’empara à nouveau de moi. Pas contre mon frère bien sûr, jamais je ne lui en ai voulu, mais sûrement plus à moi-même de ne rien avoir vu venir et surtout, qu’à partir de maintenant je devrais mettre cette amertume et ma rancœur pour Marie-Laure dans ma poche car elle allait forcément devenir ma belle-sœur.
Il y en aurait du travail… Surtout à l’époque où j’avais un caractère un peu explosif (ça n’a pas changé…).