Mon frère cadet, à ce moment-là, était Directeur commercial d’une société immobilière au Maroc et voyant ma situation m’a proposé de venir passer quelques jours à Marrakech et que mon billet d’avion m’attendait dans ma boite mail.
Très agréablement surpris, je prépare mes affaires et décolle pour Marrakech fin Novembre 2007.
J’arrive dans cette ville magique et sublime, très loin de ce que j’avais en tête. pour être honnête, je pensais qu’il y avait des chameaux et du sable partout même dans les rues. Mais non, je découvre une ville tout ce qu’il y a de plus occidentale, des Feux, des carrefours, des ronds-points et beaucoup de policiers partout.
Presque 30° pour une fin novembre, c’est un peu particulier, Doud est venu me chercher à l’aéroport et m’emmène directement chez lui. Je retrouve ma belle-soeur toute souriante avec mes deux petits neveux, dans une villa sublime avec piscine et terrains de tennis collectifs accessibles directement au fond du jardin.
Un couscous nous attend, je fais connaissance avec Fatima qui est la bonne de la maison, et surtout la meilleure cuisinière du monde. Même avec mon anneau qui me fait vivre un calvaire au quotidien, j’arrive à déguster certaines choses comme les oignons confits et les petits raisins secs imbibés de jus de couscous. J’en ai encore les papilles qui salivent et mes narines se rappellent de l’odeur de toutes ces épices qui parfumais la maison.
Le soir Doud m’invite au resto avec sa femme et des amis à lui et surtout mon pote Eddy qui vit là-bas depuis quelques mois.Trop heureux de le retrouver.
Mon frère me présente Fabrice, un bon mètre quatre-vingt, un bon quintal, une grande gueule et rigole tout le temps, celui-là il me plaît bien. Il me fait rêver, me dit de venir m’installer ici, que y’a plein de choses à faire surtout dans mon domaine.
Après le repas, Doud et les garçons me proposent d’aller boire un verre dans un bar marocain. J’accepte avec un immense plaisir, bien sûr.
On arrive dans ce bar, dont j’ai oublié le nom, mais pas la majesté. L’entrée donnait l’impression de pénétrer dans une vieille pizzeria italienne : il y avait même un pizzaiolo derrière son comptoir, comme pour tromper l’œil. On fait le tour de l’établissement, et on monte à un premier étage. Là, mon frère me glisse : « Tu vois, ici, il y a un bar, et en même temps, c’est un espace pour danser… ça fait un peu boîte de nuit. » Puis il ajoute, malicieux : « Attends, je t’emmène dans un endroit encore plus haut. »
On monte au deuxième étage, et là… c’est le choc. Je me retrouve dans un véritable cabaret marocain : des fauteuils en velours rouge, d’une douceur incroyable, des femmes magnifiques partout, des chichas qui fument, des verres et des bouteilles qui brillent sous les lumières tamisées. Tout le monde semblait profiter d’une soirée exceptionnelle.
Et puis, le clou du spectacle : on s’assoit, et le toit s’ouvre, révélant le ciel étoilé de Marrakech au-dessus de nous. Autant vous dire que pour moi, c’était le paradis. Une ambiance à la fois luxueuse et chaleureuse, une nuit magique, comme si le temps s’était arrêté pour nous offrir un moment hors du réel.
Fabrice commande une bouteille et une chicha. Moi, j’aimais bien la chicha, que j’avais déjà fumée en France, mais je me suis dit : « Au Maroc, ça doit être différent. » Et effectivement, le goût était exceptionnel : plus riche, plus profond, comme si chaque bouffée racontait une histoire. On boit tranquillement nos verres, on discute, on rigole, et on se fait même un peu draguer — ce qui, pour moi, était une première. Et c’était plutôt agréable, je ne vais pas mentir.
À un moment, Édouard me lance : « Allez, on a assez fumé, viens, on descend boire un verre en bas, au niveau de la boîte de nuit. » Moi, avec mes douleurs persistantes, je m’installe directement dans un canapé moelleux du premier étage. Mon frère arrive avec un verre de vodka-pomme — ma boisson préférée — et me présente une de ses amies. « Je te présente mon amie, elle t’a aperçu, elle aimerait faire ta connaissance. »
J’étais scotché. Pour la première fois de ma vie, une femme voulait me connaître. J’étais estomaqué, presque incrédule, mais ravi. J’accepte, et on discute… longuement. On passe un super moment, entre rires et complicité. Et au moment de partir, elle me propose : « Viens, on peut passer la nuit ensemble, si tu veux. » Je demande quand même à mon frère s’il est d’accord pour que je la ramène. « Oui, oui, pas de problème, avec plaisir ! » qu’il me répond.
On rentre donc tous les trois : Édouard, la jeune fille et moi. J’arrive dans la grande chambre d’amis que mon frère m’avait prêtée. Dans mes souvenirs, il ne s’est pas passé grand-chose cette nuit-là. Mais le simple fait d’avoir une femme à mes côtés, de sentir sa présence, me réconfortait énormément. C’était une première pour moi, et ça me remplissait de bonheur.
Le lendemain matin, elle me dit soudain : « Il faut que tu me payes. » Là, j’ai été un peu surpris, et j’en parle à mon frère. « Ah oui, oui, t’inquiète pas, je m’en occupe », me répond-il. Je me dis : « Bon, OK… » et je laisse tomber. Puis elle vient me faire un gros bisou sur la bouche et me glisse : « J’espère que tu reviendras, je t’attends. »
Et là, entre Fabrice qui me parle de travail et cette charmante jeune femme qui m’attend, ma décision est prise. Dans ma tête, c’est clair : « Je vais m’installer à Marrakech. »
Le week-end touche à sa fin, et je reprends l’avion avec EasyJet. Dans ma tête, c’est cristallin : je vais m’installer à Marrakech. Je liquide proprement mon entreprise en France, et le 4 janvier 2008, me voilà en route pour une nouvelle aventure. J’avais bien sûr demandé à mon frère s’il pouvait m’héberger le temps de trouver un appartement. Et Eddie, déjà sur place, m’avait proposé une colocation. Parfait : un loyer divisé par deux, et la possibilité de vivre avec mon meilleur pote. Les choses s’annonçaient sous les meilleurs auspices.
Trois jours seulement après mon arrivée, j’ai un rendez-vous avec le patron de mon frère. Je le connaissais déjà, car j’avais travaillé pour lui lorsque je tenais mon entreprise de communication. Il me dit : « Je cherche un responsable communication. Est-ce que tu te sens capable d’assurer cette fonction ? Voici la fiche de poste. » En la lisant, je coche toutes les cases. J’étais emballé, et je lui répondis : « Par contre, j’aimerais garder 20 % de mon temps pour monter mon entreprise. »
Et là, il accepte. On se met d’accord sur un premier salaire de 10 000 dirhams, soit environ 1 000 euros à l’époque. 1 000 euros au Maroc, c’est un salaire plus que confortable — l’équivalent de quatre fois le SMIC local. De quoi vivre presque à l’occidentale à Marrakech.
La belle vie commence. L’entente avec mon frère était parfaite. Il était à la fois mon directeur et mon responsable, mais aussi mon complice. On travaillait ensemble sur des brochures pour présenter les futurs projets immobiliers, on mettait en place toute la communication de l’entreprise. Ces moments-là, pour moi, étaient d’un bonheur pur. Partager tout cela avec mon frère, c’était une joie rare. On avait une vraie complicité, pas de disputes, pas de tensions. Quand il avait quelque chose à dire, il me le disait franchement, et c’était réciproque. On formait une équipe incroyable, et on a vraiment fait un super boulot ensemble.
Un jour, la société a reçu des investisseurs irlandais. Le PDG a décidé de les accueillir en grande pompe dans un très bel hôtel et de leur faire découvrir la Dolce Vita marocaine. De mon côté, j’avais préparé une présentation animée. À l’époque, on n’avait pas tous les outils technologiques d’aujourd’hui, mais j’avais réussi à mixer des plans 3D, un film que j’avais tourné sur le Maroc, et plein d’autres éléments. Tout était assemblé pour créer une présentation percutante, qui donnait vraiment envie d’investir.
Et ce soir-là, mon frère m’appelle et me lance : « T’es vraiment le plus bel enfoiré de la Terre… Je ne sais pas pourquoi, mais on vient de signer pour plus de 120 millions d’euros d’investissement, et c’est en grande partie grâce à ton travail. » Là, je peux vous dire que j’étais vraiment, vraiment très fier de moi.
En parallèle, on menait vraiment LA belle vie. Mon frère, en tant que directeur de la société, avait tous les privilèges : une belle villa, l’école privée pour ses enfants, une voiture, un jardinier, une employée de maison — tout pris en charge par la société — et beaucoup, beaucoup d’argent de poche. Et dans sa grande générosité, il nous en faisait profiter plus que royalement.
Je me souviens même d’un dimanche matin. Il me réveille à 8h pile et me lance : « Ça te dit d’aller à Agadir ? » Je lui réponds : « Bah oui, mais c’est à 5h30 de route ! » Il me coupe, amusé : « Non, t’inquiète, on y va autrement. Rejoins-moi à l’aéroport. Je t’attends à tel endroit. Apporte ton passeport. »
Je me dépêche, je prends un taxi pour l’aéroport de Marrakech avec mes papiers… et là, surprise : on se retrouve avec un petit groupe — Édouard, Marie-Laure (sa femme), leur fils aîné Benoit (le bébé était resté avec la nounou), et un ami, David. Et mon frère nous annonce, le sourire en coin : « Bon, fin de la surprise… Je vous emmène à Agadir en hélicoptère ! »
J’étais scotché. J’étais déjà monté dans un hélicoptère quand j’étais enfant, mais là, c’était un vrai voyage. Entre Marrakech et Agadir, c’est 5h30 en voiture, mais par les airs… une heure à peine. Et effectivement, on a survolé l’Atlas pendant plus d’une heure, frôlant les crêtes, avec des paysages à couper le souffle : une terre rouge, sculptée par le vent et l’érosion, des reliefs sauvages et majestueux. C’était extraordinaire, comme si on volait vers le paradis.
À l’atterrissage à Agadir, un taxi nous attendait. On s’est posés sur une terrasse de restaurant pour un buffet de fruits de mer. Ce n’était pas la saison pour la plage, mais on a pu se promener, découvrir la ville, et puis… repartir en hélicoptère pour rentrer le soir même à Marrakech.
Comment vous dire que le soir je dormis, heureux comme jamais.
Une très belle rencontre
Le 7 mai 2008, la première année où j’étais au Maroc, Le 7 mai 2008, pendant ma première année au Maroc, je suis sorti seul dans un cabaret dont on m’avait parlé. Un endroit en sous-sol — comme beaucoup de cabarets à Marrakech, souvent cachés sous les hôtels. En arrivant, j’étais l’un des seuls Français parmi une clientèle marocaine. L’ambiance était incroyable : la musique, les danses, une énergie chaude et envoûtante.
Et puis, elle est entrée dans ma vie. Une femme dont le sourire m’a rendu amoureux sur-le-champ. Des cheveux frisés, tout ce que j’aime. Elle était sublime. Sans savoir pourquoi, j’ai osé m’approcher. Elle se présente simplement : « Je m’appelle Myriam. » (Et c’est à peu près tout ce qu’elle savait dire en français.)
On a essayé de discuter — j’avais déjà cinq mois de marocain, alors je comprenais un peu l’arabe. On a fait connaissance, assez pour passer la nuit ensemble. L’une de mes plus belles nuits à Marrakech. Je sentais une sincérité chez elle, même si, au fond de moi, je savais qu’elle était prostituée. Elle m’avait parlé d’argent… Là-bas, c’était monnaie courante. Je n’en suis pas fier, mais ce fut la plus belle rencontre de ma vie.
Myriam, c’était une femme qui ne faisait pas ça par plaisir. (Vous me direz, il n’y a pas grand monde qui le fait par plaisir… Mais à Marrakech, si, certaines le faisaient parce qu’elles aimaient ça.) Elle, non. Elle agissait pour aider sa sœur, qui vivait la situation la plus difficile qu’une femme puisse connaître au Maroc : enceinte, abandonnée par l’homme qui refusait d’assumer, de l’épouser. Obligée de se cacher à l’autre bout de Marrakech, loin de ses parents, avec sa sœur. (Marrakech, c’est aussi grand que Paris en superficie… Les chances de croiser leur famille étaient minces.)
Au début, ce fut une belle histoire d’amour. Elle avait compris que moi, je voulais quelque chose de sérieux. On essayait. Mais Myriam était une femme capricieuse, difficile à comprendre, à gérer. La seule femme qui m’ait jamais poussé à bout.
Un jour, je me souviens… (Et pourtant, il en faut beaucoup pour me faire sortir de mes gonds.) J’ai senti ma main se lever. Et là, plutôt que de la frapper, je lui ai montré la porte. « Tu dégages, je ne veux plus te voir. » Elle m’avait vraiment poussé à bout. Mais je suis fier de m’être retenu. Mieux valait ça que de laisser aller ma colère plus loin.
Trois semaines passèrent. Et c’est Myriam qui est revenue vers moi, pour s’excuser de son comportement. Une amitié pour la vie allait naître. J’ai été l’homme le plus patient de la Terre avec elle. Pas d’histoire d’amour, non. Juste une pure amitié, un pur soutien. Quand c’était difficile pour moi, elle était là. Et inversement.
La rencontre qui allait changer ma vie
À l’époque, on pouvait se rencontrer sur Skype — et au Maroc, ça marchait plutôt bien. Un jour, je discute avec une jeune femme, Rizlan. Elle tenait son propre blog sur Skyblog (le premier Facebook, en quelque sorte, où l’on pouvait partager des photos, des textes, des poèmes…). En discutant avec elle, j’ai réalisé que j’avais en face de moi une femme qui incarnait tout ce que j’aimais : le romantisme, la douceur, la tendresse, la fidélité, la loyauté. Elle semblait porter toutes ces valeurs.
Moi, j’étais à Marrakech, elle à Casablanca. On a beaucoup, beaucoup discuté sur Skype, échangé des photos… Et un jour, j’ai osé lui proposer : « Viens passer le week-end à la maison. » Sauf que ce week-end… c’était le début du reste de sa vie. Enfin, jusqu’à ce que tout bascule.
Je me souviens encore de la première fois où je l’ai vue en vrai. C’était au café La Flamme, à Marrakech. Et là, je l’ai vue arriver : une petite femme, mince, fine, souriante… et encore plus belle qu’en photo, qu’en visio. J’ai toujours eu une facilité à tomber amoureux. Mais là, mon cœur a fait un bond. J’ai senti une chaleur me brûler de l’intérieur, tant j’étais fou de joie qu’elle soit là, pour qu’on soit ensemble.
Notre première nuit d’amour a renforcé mes sentiments pour Rizlan. Et quelque part, j’ai su que cette femme était peut-être la bonne. On a vécu des moments magiques — la vie dont j’avais toujours rêvé. On pouvait sortir, faire la fête, aller au restaurant… Des petites choses simples, mais que j’attendais depuis une éternité.