Mes 25 ans – le début de l’enfer

Le début de l’enfer

J’ai 25 ans, et je continue toujours à perdre un peu de poids, mais je reste entre 150 et 160 kg. L’anneau gastrique me fait vivre un cauchemar : je vomis matin, midi et soir. C’est vraiment un enfer à vivre.

Pour me réconforter un peu, ma chère tante Patricia, qui est aussi ma marraine, décide de m’offrir un cadeau exceptionnel pour fêter mes 25 ans. Elle nous propose, à ma sœur, ma mère, ses deux enfants (mes cousins et cousines) et moi, de partir en voyage en Chine. Là, ce fut l’apothéose ! Surtout qu’elle était hôtesse de l’air : comme on partait avec elle, on a voyagé avec Air France, et on a eu la chance d’être surclassés. Faire le trajet Paris-Pékin en classe supérieure, pour moi, c’était le bonheur absolu.

En arrivant là-bas, j’étais déjà sous traitement anti-douleurs très lourd (morphine) à cause de fortes douleurs dans le dos. Mais j’essayais d’en faire abstraction, car j’étais dans un pays que je rêvais de découvrir.

Pékin était une ville bouleversante : sa grandeur m’a laissé sans voix, la hauteur vertigineuse de ses bâtiments me donnait l’impression d’être une fourmi, et son réseau électrique, chaotique et entremêlé, ajoutait une touche de folie à cette métropole. Quant aux taxis, ils semblaient surgir de partout, comme une marée humaine inépuisable. Cette ville grouillante de vie m’a subjugué, me remplissant d’une énergie presque électrique.

La Place Tian’anmen m’a marqué par son immensité et son histoire, mais c’est la Cité Interdite qui a vraiment captivé mon cœur. Marcher dans ses cours et ses palais, c’était comme voyager à travers mille ans d’histoire impériale. J’étais émerveillé, presque ému, en imaginant les empereurs, les intrigues et les destins qui s’y étaient joués. C’était magique, comme si le temps s’était arrêté pour me laisser savourer chaque instant.

Et puis, il y a eu la Grande Muraille. En entendant cette phrase : « On n’est pas un homme tant qu’on n’est pas monté sur la Muraille », une fierté tenace s’est emparée de moi. Malgré mon poids et mes douleurs articulaires, j’ai relevé le défi. Chaque plateau, chaque escalier était une épreuve physique, mais aussi une victoire morale. Les portes de roche que nous traversions semblaient me murmurer des secrets anciens, comme si la Muraille elle-même m’encourageait à continuer.

Mais en approchant du dernier escalier, une douleur sourde dans mes jambes et une fatigue écrasante m’ont forcé à m’arrêter. « Stop, c’est plus possible », ai-je murmuré, le cœur battant. J’étais partagé entre la frustration de ne pas atteindre mon but et la fierté d’être allé aussi loin. Et puis, il y avait cette pensée obsédante : « Il faut encore redescendre… » Une lueur de détermination a traversé mon esprit, et j’ai su que, malgré tout, cette ascension resterait gravée en moi comme l’un des moments les plus intenses de ma vie.

La descente fut un calvaire absolu. À chaque marche, une douleur fulgurante me transperçait les genoux et les jambes, comme si chaque muscle, chaque os, hurlait sous l’effort. Je ne savais pas qu’un être humain pouvait endurer une telle agonie. Même une fois assis dans la camionnette qui nous ramenait à l’hôtel, j’étais tétanisé, incapable du moindre mouvement. La souffrance était si violente qu’elle semblait avoir pris possession de mon corps entier.

Le soir, maman, voyant mon état, m’a doublé la dose de morphine. Les heures passaient, interminables. J’ai tenté toutes les solutions : une douche brûlante pour détendre mes muscles, des bouillottes pour apaiser la douleur… Rien n’y faisait. La souffrance était si insupportable que j’en suis arrivé à un point de désespoir extrême : j’avais envie de me cogner la tête contre les murs, non pas pour me faire mal ailleurs, mais pour détourner mon esprit de cette douleur insoutenable dans le dos. C’était comme si mon corps n’était plus qu’une prison de souffrance.

Ma mère, horrifiée par mon désespoir, m’a donné encore deux cachets de morphine. Et pourtant, il a fallu au moins deux heures pour que l’effet commence enfin à se faire sentir, deux heures d’angoisse où chaque seconde semblait durer une éternité. C’était un vrai cauchemar. Finalement, épuisé, vidé de toute énergie, j’ai fini par sombrer dans un sommeil agité.

Le lendemain, je me souviens qu’on devait visiter un grand parc. Voyant que je m’étais endormi très tard, maman m’a proposé de rester me reposer et de les rejoindre plus tard en taxi. J’ai accepté, et une fois sur place, j’arrivais à peine à marcher. Mes jambes semblaient lourdes comme du plomb, et chaque pas était une épreuve.

C’est là qu’ils m’ont suggéré de prendre un tchouk-tchouk. Vous savez, ce moyen de transport typiquement chinois où quelqu’un pédale devant, tandis que vous êtes assis confortablement à l’arrière, comme un pacha. Et contre toute attente, ce fut une expérience délicieuse. Découvrir la vieille ville de Pékin, bercé par le mouvement du tchouk-tchouk, m’a permis de profiter un peu de la fin de mon séjour, malgré la douleur. J’ai pu m’imprégner de l’ambiance, des sons, des odeurs, et même sourire un peu, en doublant les doses de morphine pour tenir le coup.

Et puis, le moment du retour est arrivé. Je suis rentré en France, avec des souvenirs gravés à jamais : ceux d’une aventure incroyable, mais aussi ceux d’une souffrance qui m’a marqué.

À cette époque, j’avais un très bon ami, Yann. Un soir, il m’a proposé d’aller au lac de Miribel-Jonage pour un petit barbecue, juste tous les deux, tranquillement. C’est exactement le genre de soirée que j’adore : simplicité, calme, et bonne compagnie. Alors, malgré les douleurs persistantes dans le dos, j’ai dit oui.

Et puis, je ne sais pas comment, par maladresse, j’ai perdu l’équilibre. J’ai failli entraîner Yann avec moi, mais je l’ai lâché… par instinct. Et c’est là que tout a basculé. J’ai fait une chute vertigineuse de plus de 7 mètres, en roulés-boulés. En arrivant en bas, par un étrange soulagement, j’avais moins mal au dos qu’avant. Mais la contrepartie était cruelle : trois dents cassées, ma tête heurtant violemment les cailloux. J’étais sonné, étourdi, comme si le monde tournait autour de moi.

Yann, en panique, me criait depuis le haut : « Je suis désolé, je n’ai pas pu te rattraper. » Je lui ai répondu, le cœur battant mais avec un sourire forcé : « Mais heureusement que tu ne m’as pas rattrapé. Je fais 160 kilos, toi 60… J’aurais pu t’écraser, voire te tuer. » Au fond, j’avais plus peur pour lui que pour moi. Mais le vrai problème, c’est que mes dents étaient gravement abîmées. Et je ne le savais pas encore, mais c’était le début de l’enfer et d’un cauchemar qui allait durer plus de 10 ans.

Avec le temps, j’ai compris que l’anneau gastrique en était la cause. Les vomissements répétés avaient détruit mes gencives avec l’acidité gastrique. Mes dents ne se contentaient pas de s’effriter… elles se déchaussent aussi. Et ça, c’était une souffrance que je n’avais pas anticipée.

La rupture avec Pauline s’est faite dans la douleur… Moi j’avais l’impression d’avoir une folle en face de moi et elle était folle amoureuse. Suffisamment pour me faire peur voir fuir.

La distance a facilité les choses.

Professionnellement parlant c’était catastrophique. Je tenais impérativement à être commercial pour bien gagner ma vie. Et sans diplôme officiel, il n’y a que les sociétés d’alarme et les fabricants de fenêtres qui “embauche” en VDI (vendeur direct indépendant) en gros tu gagnes uniquement si tu vends. Pas de salaire fixe et des commissions misérables.

J’étais très doué pour prendre des rendez-vous, à chaque fois je m’approprie l’argumentaire, le remettais à ma sauce et ayant une voix plutôt rassurante au téléphone, j’enchainais les prises de rendez-vous. Mais que ce soit pour les alarmes ou les fenêtres je n’arrivais pas à vendre, on a la fibre commerciale ou non…

Quelques mois à m’enfermer dans cette idée, sans un sous, j’ai décidé de suivre une formation pour devenir chef d’entreprise et crée alors ma première entreprise ADFORMACLIC – l’idée était de proposer du dépannage et de la formation à l’informatique.

Sauf qu’à l’époque le statut d’auto entrepreneur n’existait pas et le RSI (Sécurité sociale des indépendants) vous preniez de l’argent trimestriellement même si vous n’aviez pas fait un centime de chiffre d’affaires… je n’ai pas tenu très longtemps, mais j’allais y faire des connaissances et des clients qui plus tard me feront même travailler.

Je ne m’en sortais pas, la société a coulé en moins de deux ans. Même le Juge du tribunal de commerce m’avait dit que je n’avais pas eu de chance, mais que j’allais rebondir car il n’y avait aucune erreur de gestion.