2004 – 2006 – Premier amour – Pauline

Mais bon dans mon malheur, le temps passe et la journaliste de Jean-Luc Delarue me rappelle pour savoir ce qu’il en est et si je veux bien revenir dans l’émission Mois après mois. J’accepte volontiers, le premier passage a été particulièrement bénéfique pour moi, depuis, les gens changent un peu de regard sur moi, surtout quand ils me reconnaissent.

J’y retourne donc pour que les téléspectateurs puissent voir la suite de mon parcours. Entre-temps, les premiers forums apparaissent sur Internet, notamment sur le site de l’émission. Plusieurs personnes vont alors venir pour me parler, m’encourager, me soutenir, que c’est plaisant, comme cela fait du bien de se sentir soutenu! Et bientôt aimé…

Une femme sur ce forum me contacte et me demande si je veux bien avoir une conversation privé avec elle. J’accepte, nous échangeons alors quelques banalités puis des photos et là je tombe sur une belle jeune femme, de mon âge, des beaux cheveux frisés, un regard qui me plait beaucoup, bref je tombe amoureux. Et pour une fois c’est réciproque. Pauline, jolie brune avec une chevelure extraordinaire (déjà à l’époque les cheveux sont pour moi le premier atout de féminité chez une femme) et qui s’intéresse vraiment à moi, bon petit bémol elle vit à Avignon, soit à 3H30 de route de chez moi. Mais c’est ma première relation à distance et ça ne me fait pas peur. Enfin une femme qui s’intéresse vraiment à moi, même si elle vit à l’autre bout du monde c’est pas grave…

Après avoir exploser nos forfaits téléphoniques (et oui pas de forfait illimité en 2004, chaque unité compte comme à la cabine téléphonique), après s’être retrouvé à découvert tous les deux à cause du téléphone, nous décidons enfin de nous retrouver.

J’ai déménagé entre-temps dans un petit appartement à Villefranche-sur-Saône, rue de Thizy, je loue un studio où je vis tout seul. À cette seule information, Pauline me proposa de venir passer un week-end chez moi, j’étais alors le plus heureux des hommes.

Quel bonheur cette femme allait me donner!

À l’époque, j’habite au 1° étage dans une résidence vieillotte mais en plein centre. Pas d’ascenseur, déjà pour moi monter les étages, même un est une tâche difficile.

Après avoir monté un escalier d’angle, j’étais le premier appartement sur le palier, je n’avais qu’un voisin sur la gauche, mais la résidence avait 4 étages, donc je voyais passer du monde, d’autant plus que la fenêtre de ma salle de bain donnait directement sur la cage d’escalier.

En passant le pas de la porte, en face de vous, il y avait une grande fenêtre d’un seul pan qui donnait sur la rue. Sur la gauche, le long du mur, j’avais installé une étagère pour ranger mes affaires, mon ordinateur, puis ma petite télé. En face de celle-ci se trouvait mon lit, que je transformait en canapé la journée pour recevoir les copains et copines, une petite table basse et un canapé lit clic-clac pas très confortable mais qui dépannait bien. Le tout tenait dans 16m2, autant vous dire qu’il y avait très peu de place pour déambuler. Le canapé était collé à une cuisine américaine, un bar qui devait faire 1m50 de long sur 60cm de large et dans l’angle, l’évier sur un placard. Juste derrière il y avait la salle de bain qui fermait avec une porte et donnait sur la cage d’escalier, niveau intimité c’était moyen… Et surtout il n’y avait aucun placard, donc obligé de trouver un support à vêtements que je pourrais laisser dans la salle de bain.

J’espère que vous arriverez à visualiser un peu mieux.

Voilà donc ma belle Pauline qui arrive un soir pour passer le week-end. Nous sommes deux étudiants à l’époque donc la promiscuité n’est pas vraiment un problème, au contraire, cela aide au rapprochement.

Je lui ai proposé une bière, j’avais préparé un petit repas avec les moyens du bord, mais le coeur y était, nous avons discuté longuement après le repas. Puis j’ai déplié le clic-clac, nous nous sommes couchés sous la couette, et Pauline ayant vu ma timidité a pris les choses en main. Elle s’est rapprochée de moi, m’a serré dans ses bras, nous nous sommes embrassés langoureusement. Elle savait que j’étais vierge, elle me précise alors qu’elle prend la pilule et que si je veux on peut faire l’amour sans préservatif. Là mon cœur s’est clairement emballé !

En effet, dans ma tête à ce moment-là comme encore aujourd’hui, l’acte d’amour est pour moi un acte sacré, peut-être est-ce à cause de mon éducation catholique ou bien grâce à ce que j’allais découvrir avec Pauline. En tout cas une chose est sûre, la simple idée de mettre un préservatif me révulsait. (éducation tordue…)

Donc sa proposition me réjouit vraiment. Je ne me rappelle pas tous les détails, je me rappelle juste que cela a été fait avec une douceur formidable et malheureusement un peu trop rapide à mon goût.

Mais qu’elle ne fût pas ma surprise, de voir que quelques minutes plus tard j’étais de nouveau d’attaque et ma belle Pauline qui me propose de remettre ça. Là, ce fût l’apothéose!

Je me suis senti partir dans les étoiles, un bonheur immense et intense, “c’est donc ça le nirvana”…

Nous passâmes une nuit merveilleuse dans les bras l’un de l’autre. Je crois que nous aurions aimé tous les deux que celle-ci ne termine jamais.

Elle allait me faire découvrir la vie, nous en avons eu des moments magiques, je crois bien que toutes mes premières fois en amour ont été faites avec elle. Nous nous entendions tellement bien. Un amour passionnel et fusionnel allait alors naître.

Elle a été la première personne à me faire oublier que j’étais gros. J’allais pouvoir vivre ma vie d’étudiant comme un autre.

Toujours étudiant en alternance, je suis à 10 minutes en voiture de la coopérative artisanale, où j’ai commencé à travailler depuis quelques semaines. Cela m’a permis de continuer mon BTS assistant de gestion dans le lycée à Lyon.

L’équipe est vraiment sympa, je m’épanouis dans cette entreprise, on me fait confiance, on me confie pas mal de tâches informatiques très intéressantes. Tellement intéressantes que je me rends compte de beaucoup d’erreurs de gestion, je commence à fouiner, car un, c’est dans ma nature, je suis très curieux, et de deux, je suis employé par la coopérative, autrement dit par 50 artisans qui se sont tous réunis pour unir leur force et leurs fonds propre afin d’alléger leur charges. Sauf que j’allais découvrir que le directeur et la société d’informatique étaient de mèches, l’un faisait de la sur-facturation et l’autre touchait des pots de vin.

Devant rendre des comptes au conseil d’administration, j’ai monté tout un dossier, présenté les preuves. Celui-ci a été limogé 1 mois après et un nouveau directeur a été nommé.

Il y avait beaucoup d’excitation à démasquer un escroc, ce que je ne savais pas à l’époque c’est que c’était le premier d’une très longue série.

Le nouveau directeur était plus jeune, plus carré, plus dynamique, il savait qu’il était là “grâce à moi” j’ai donc eu droit immédiatement à son respect. Il ne me restait que quelques mois à faire sous ses ordres mais ce fût une période sympa à titre professionnelle.

En revanche, la poisse allait me tomber dessus d’une force incroyable. Et cela allait durer quelques années.

L’appartement maudit :

Cela faisait quelques mois déjà que je sortais avec Pauline. Nous étions fou amoureux. Je continuais à faire les aller/retour à Avignon. Je m’entendais plutôt bien avec ses parents et son petit frère. Très famille, j’appréciais ces moments, j’étais considéré comme un de leur fils, c’est très valorisant.

J’avais également une bonne bande de potes. Mon amie Sofia, Kentia et Julie, nous étions tout le temps fourrés ensemble. J’adorais sortir danser en boite de nuit. C’était mon exutoire, je pouvais lâcher la rage que j’avais au fond de moi sur la piste.

Un soir, ou plutôt une nuit, je rentre un peu éméché chez moi, et en ouvrant la porte de la résidence, je sent une odeur vraiment bizarre, je met un moment à comprendre ce que c’est ; je cherche le bouton pour allumer la lumière et ne sent rien, un peu perdu je commence à monter les premières marches, tout en me tenant à la rambarde d’escalier, elle qui était en bois vernis, avait l’habitude d’être plutôt douce au toucher. Là, elle était râpeuse, je commençais à rapprocher ma main de mon nez, et sent une odeur âpre puis une odeur de brûlé. La panique commence à me gagner un peu. Je monte alors dans mon appartement, j’ouvre la porte, et allumant la lumière, je découvre un carnage.

La moquette beige était pleine d’eau et noire de suie, la grande fenêtre éventrée avec un trou béant en plein milieu, du verre partout par terre et un mot scotché sur le bar.

“Bonjour monsieur, nous sommes les pompiers de Villefranche, le feu s’est déclaré dans votre immeuble, nous avons dû briser votre fenêtre pour vérifier que vous n’étiez pas à l’intérieur.” Pour faire valoir ce que de droit bla bla bla.

Je suis totalement décontenancé, il est 3h du matin, je n’ai nulle part où aller, je fais quoi???

Une petite cigarette pour me calmer, et là je réfléchis 30 secondes, j’appelle les assurances.

J’ai été relogé immédiatement dans un hôtel, 1H plus tard je pouvais dormir dans un endroit chaud et sec.

Le lendemain, je m’occupe des différentes formalités, je vais voir un verrier qui m’explique que cela va prendre du temps car la taille de ma fenêtre est obligatoirement taillée sur mesure.

De toute façon je suis logé à l’hôtel tant que vous n’avez pas changé la fenêtre.

15 jours plus tard, un service est passé pour assécher l’appartement et le verrier vient le jeudi matin poser la nouvelle fenêtre.

Le soir même, je vais rejoindre mes copines pour boire un verre, je rentre vers 23H00 à pied, et en arrivant au pied de ma résidence, qui vois-je? Le camion de pompier et la grande échelle…

Je vais voir les pompiers qui m’expliquent qu’ils ont dû à nouveau casser ma vitre pour vérifier que je n’était pas noyé, car mon voisin du dessus a eu un dégât des eaux avec sa machine à laver le linge. Je deviens fou de rage, On vient de la changer ce matin même!!!

“Je sais bien monsieur, mais c’est notre devoir de vérifier que vous n’étiez pas dedans.

Je pars en pestant, de toute les façons ils n’y peuvent rien. Ils ont fait leur boulot. C’est le verrier qui va bien rire demain matin…

Celui-ci ayant eu la bonne idée de commander 2 vitres de la taille de ma fenêtre, il a pu venir tout de suite, mais je suis retourné une semaine de plus à l’hôtel, le temps que tout sèche de nouveau.

Un mois plus tard, tournoi des 6 nations ou coupe du monde de rugby, je ne m’en rappelle plus, je me lève un dimanche en début d’après-midi, j’ai encore bien fait la fête la veille.

Je devais retrouver mes parents pour regarder le match ensemble. Je descends donc, tout pomponné pour aller voir la famille, et là devant moi, là où d’habitude je gare ma voiture, plus rien. Ma voiture n’est plus là… je me dis que j’ai un peu abusé la veille, je n’ai peut-être pas trouver ma place habituelle, je commence donc à faire le tour du pâté de maison. Rien. Je me dit, bon je l’ai peut-être mis plus loin, je fais donc un tour plus grand, je vérifie toutes les rues où j’aurais pu me garer. Rien.

Je reviens devant chez moi, j’ai pas rêvé, pas de 205. J’appelle donc le 17 pour signaler le vol de mon véhicule.

“Gendarmerie de Villefranche-sur-Saône bonjour,

  • Bonjour Monsieur, je vous appelle car mon véhicule a disparu, il n’est plus là où je l’avais garé hier.
  • Votre véhicule était garé où monsieur?
  • Rue de Thizy…
  • Vous êtes le propriétaire d’une 205 bleue ?
  • Euh bah oui oui c’est la mienne
  • Votre voiture est à la casse, elle a bloqué la rue toute la matinée, venez à la gendarmerie pour qu’on vous explique.
  • Bien monsieur… Merci
  • Au revoir”

Totalement décontenancé, je me dirige vers la gendarmerie, un peu loin de chez moi mais c’était faisable à pied. En parallèle, j’appelle mes parents pour qu’ils viennent me chercher à la gendarmerie.

Les gendarmes m’expliquent alors que le conducteur du véhicule qui était garé derrière moi, un vieux monsieur de 85 ans, a perdu le contrôle de sa voiture automatique, il a accéléré très fort, cela a poussé votre voiture avec force dans la vitrine du bâtiment voisin. Le monsieur a terminé sa course 500m plus loin dans la gare de Villefranche après avoir percuté une dizaine de véhicules… Il est à l’hôpital en état de choc.

  • Tu m’étonnes…

Heureusement que j’étais assis, j’en serais tombé de ma chaise.

  • Bref votre voiture est complètement hors service, elle se trouve à la casse.

J’étais fou de rage. Je ne pouvais rien faire et l’assurance n’allait pas me donner grand chose. J’étais déjà dans la merde financièrement à cause de nos heures carrées passé au téléphone avec Pauline, je ne savais vraiment pas comment j’allais faire pour me racheter une voiture.

J’ai appelé mon grand-père pour lui demander s’il voulait bien me donner un petit coup de main, qui me répondit par une lettre avec un chèque mais je devais le rembourser tous les mois.

Au moins je retrouvais mon indépendance.

Et là tu te dis “ça s’arrête quand???”

Jamais…

Je me souviens encore d’un jour où je devais passer mon diplôme. Mon BTS. Et la voiture est tombée en panne en bas du tunnel de Fourvière. Impossible de monter la côte qu’il y a à monter pour arriver jusqu’à mon établissement, qui était l’ICOF. Et je faisais quand même 160 kilos à l’époque.

J’ai donc décidé de laisser la voiture sur un terre-plein central, au milieu des feux, avec un papier disant « étudiant en panne, passe son examen, merci de ne pas enlever le véhicule ». Et j’ai laissé les warnings. J’allais le payer cher un peu plus tard. Je commence donc à monter péniblement la côte. Et je vois un bus, j’essayais de courir pour l’attraper. Impossible. La côte était vraiment, vraiment très dure. J’étais en nage, on était au mois de juin.J’avais dans ma tête à peine une demi-heure pour être à l’heure à mon examen.

Je finis par arriver à l’entrée de l’école et là je croise quelques copains qui me disent « mais pourquoi tu cours comme ça ? » et je leur dis« bah on est en retard» et ils me répondent« non, l’examen c’est dans une demi-heure, même trois quarts d’heure, t’as le temps» et là je m’effondre sur le sol tellement j’étais épuisé. J’ai pu passer mon examen, mais j’ai clairement raté mon BTS.