Retrait de l’anneau gastrique – ses complications & le COVID19 – Chapitre 21

Période du témoignage : 1 juillet 2020

L’Opération – Retrait de l’anneau gastrique

25 février 2020 – Pitié-Salpêtrière

Je venais de m’asseoir dans le train, direction Paris. Une fois de plus, me direz-vous… Mais cette fois-ci, les chirurgiens allaient tenter une deuxième fois de retirer l’anneau gastrique que j’avais autour de l’estomac depuis 20 ans.

Cela faisait plus de deux semaines que je ne dormais plus très bien. Je faisais des cauchemars vraiment horribles…
*À la fois sur l’opération… Mais également sur le fait que je pourrais ne pas me réveiller.

Les médecins m’avaient énuméré une liste non exhaustive de risques… Ce qui me perturbait au plus haut niveau depuis quelque temps.

Risques lors de l’intervention, tout d’abord. Elle devait se dérouler en différentes étapes :

  1. 2 ouvertures de 2-3 cm réparties sur l’abdomen… Afin de gonfler le ventre, tout d’abord… Puis d’insérer la caméra et les outils du chirurgien.
  2. Ouverture à gauche de l’abdomen sur 4-5 cm… Afin de retirer le boîtier qui permettait de gonfler et dégonfler l’anneau.
  3. Coupure du tuyau qui relie le boîtier à l’anneau… Puis retrait de celui-ci.
  4. Tentative de retrait de l’anneau par cœlioscopie… Si échec, alors nous passions en laparotomie.
    *Soit une ouverture au niveau du sternum de 15 cm… Afin de pouvoir intervenir directement « à ciel ouvert ».

La phrase du docteur résonnait encore dans ma tête : « De toute façon, vous sortirez du bloc opératoire sans anneau. »

Ce qui, d’un côté, me faisait plaisir… Mais de l’autre, me terrifiait.
*Car cela voulait dire que si la cœlioscopie échouait, il serait obligé de passer en laparotomie… Et dans ce cas, les difficultés post-opératoires étaient intensifiées :

  • Phlébites.
  • AVC.
  • Embolie pulmonaire.
  • Arrêt cardiaque.

Même si ma vie était difficile, j’avais toujours l’espoir qu’elle s’améliore. Que je finisse enfin par rencontrer une femme qui m’aimerait pour ce que je suis au fond de moi… Et non pour un physique complètement meurtri.

Et pour cette raison, j’avais peur de mourir. Peur de mourir sans avoir profité de la vie comme j’aurais aimé le faire… Et surtout, et c’est dur à écrire, peur de mourir seul !

Ceux qui n’avaient pas subi d’intervention lourde sous anesthésie générale auraient du mal à me comprendre. Tous me disaient de me détendre, que ça allait bien se passer… Mais qu’est-ce qu’ils en savaient ? Rien du tout.
*Ce n’est pas eux qui allaient s’endormir avec le risque, premièrement, de se réveiller avec une boutonnière de 15 cm au milieu de la poitrine… Et deuxièmement, de ne pas se réveiller.

Même si ma chère psy m’avait donné quelques conseils pour essayer de me détendre… Ceux-ci n’avaient qu’un court effet sur ma psyché.
*Les boules d’angoisse revenaient régulièrement… Et de manière plutôt intense.

Le Jour J – L’Anesthésie et le Réveil Difficile

25 février 2020 – Bloc opératoire, Pitié-Salpétrière

7h00 du matin. J’étais le premier à passer. La nuit avait été particulièrement agitée.

L’infirmière était venue me donner un petit cachet en vue de m’endormir un peu. Le brancardier arriva vers 7h30 dans la chambre… Et me dit qu’il m’emmenait au bloc.

Je partais le plus sereinement possible… Malgré toutes mes craintes.

Une amie m’avait dit : « Tu te réveilleras dans le même état que lorsqu’ils vont t’endormir. » J’essayai donc de me détendre. Ce n’était pas simple… Surtout quand j’arrivai dans ce grand bloc opératoire. Je n’avais toujours pas vu le chirurgien…

On me transféra de mon lit au brancard opératoire. Et là, va commencer une longue attente dans ce bloc où il ne faisait pas très chaud… À tel point qu’une gentille infirmière me proposa une couverture chauffante. Que je ne refusais pas.

Je commençais à être un peu shooté… Mais je trouvais le temps très long.

Puis, ce fut parti. Ils m’ont prévenu qu’ils allaient injecter le produit pour m’endormir… 3 secondes plus tard, j’étais endormi.

Le Réveil – Entre Douleur et Soulagement

25 février 2020 – Salle de réveil, Pitié-Salpêtrière

19h00. J’ouvris un premier œil. Les douleurs étaient particulièrement intenses au niveau de l’estomac, de la poitrine et du diaphragme.

J’essayai de respirer… Et là, je commençais à me rendre compte que j’étais intubé.
*J’avais un tuyau qui rentrait par le nez, qui descendait le long de ma gorge… Et descendait jusqu’à dans ma trachée-artère.

J’essayai alors de tousser. La douleur, à ce moment, était presque insupportable. Elle partait du diaphragme et remontait tout le long de mon corps jusqu’à la gorge, complètement enflammée par l’intubation. La sensation était vraiment horrible et très désagréable.

J’ouvris finalement complètement les yeux… Et découvris que ma marraine était venue pour me voir au réveil.
*J’avais la tête dans le seau… Mais j’essaye de parler pour savoir comment l’opération s’était passée.

Sauf que la douleur était telle… Que je m’évanouis à nouveau pendant une petite heure.

À ce 2ème réveil, j’étais seul dans ma partie… Mais pas seul dans la chambre. J’avais un nouveau voisin de chambre qui allait m’accompagner les prochains jours.

Sauf que celui-ci était endormi… Et ronflait comme un cochon. Je sentis alors que la nuit allait être très longue.

En effet, les médicaments anti-douleurs étaient en train de se dissiper… Et la dose que j’avais reçue ne permettait pas à l’infirmier de nuit de m’en remettre. Impossible de dormir entre la douleur et mon voisin qui faisait le bruit d’un moteur de voiture.

Vers 1h du matin, j’étais au bord de la crise de nerfs. Je rappelai l’infirmier et le suppliai de me trouver une solution. Il revint au bout de 30 minutes interminables avec des bouchons d’oreilles.

Malgré la douleur toujours aussi forte, l’épuisement était là… Je finis par m’endormir.

Le Lendemain – Une France en Mutation

26 février 2020 – Chambre d’hôpital, Pitié-Salpêtrière

Le lendemain matin, je souffrais toujours autant. Et vous vous en souviendrez sûrement, vous qui êtes en train de lire ces lignes… C’était ce fameux jour où notre cher président était venu à la Pitié-Salpêtrière pour constater la première mort du COVID-19 en France.

En une journée, le visage du personnel soignant avait changé. Ils portaient tous des masques… C’était un peu flippant. Et ce n’était rien au vu de ce que nous allions vivre juste après…

J’avais fini par voir mon chirurgien. Qui était donc venu dans ma chambre d’hôpital pour m’expliquer la situation.

Je ne savais toujours pas si l’opération était un succès ou pas. La seule chose dont j’étais certain, c’était de ne pas avoir de cicatrice le long de la poitrine.

Celui-ci va alors m’expliquer que l’opération s’était avérée très complexe et longue. Il avait fallu plus de 5h30 pour découper l’anneau et le retirer.

Celui-ci était effectivement coincé dans l’estomac… Incliné à plus de 35°… Et une partie de l’anneau était accrochée au tube digestif.

Je vais devoir vivre avec ce morceau d’anneau. Le chirurgien avait dû découper autour du tube et des adhérences… Une opération très compliquée et dangereuse.

Puis il a fallu 3 heures pour me réveiller.

Finalement, il avait l’air très positif. Donc, ça s’était bien passé malgré la complexité de la chose… Et je l’en remercie chaleureusement.

Il espérait que je puisse sortir dès le lendemain… Mais au vu de mon état, il estimait qu’une sortie dans 3 jours serait plus adaptée.

De toute façon, je n’étais toujours pas en état de marcher. Trop faible et trop de douleurs à la poitrine.

Mais je n’étais pas homme à rester dans mon lit d’hôpital à ne rien faire. Je ne savais pas faire ça… Et je détestais ça.

Je me suis fait opérer le mercredi matin. Le jeudi soir, j’étais debout… Non sans difficulté, mais debout.

Le vendredi matin, j’arrivais même à me lever tout seul pour aller aux toilettes. Toujours avec de bonnes douleurs… Mais avec la meilleure motivation du monde : « Si tu ne marches pas tout seul, tu ne sortiras pas d’ici. »

Déjà que le chirurgien m’avait rajouté 3 jours… Fais ce qu’il faut pour qu’il ne t’en rajoute pas d’autres.

Et comme tout toxico, j’avais qu’une envie… Aller fumer une cigarette… Mais vu le discours de l’interne en médecine qui s’occupait de moi, j’avais attendu sagement jusqu’au samedi avant de descendre fumer une cigarette.

Entre-temps, j’avais la chance de voir défiler toute ma famille du côté de ma tante… Mes deux cousins, leurs conjoints respectifs… Et mon oncle.

Ceux-ci me boostèrent et me permirent d’aller marcher un peu dans ce grand hôpital.

Arriva enfin le dimanche matin, jour du départ. Je n’étais pas très en forme… Mais j’avais envie de rentrer chez moi.

Un taxi ambulance vint me chercher à l’hôpital pour m’emmener prendre le train. J’avais encore 4h de train…

Arrivé à Biarritz, mon pote Olivier est venu me chercher à la gare. J’étais incapable de conduire… Heureusement que je pouvais compter sur lui.

Je me retrouvais donc le 1er mars tout seul chez moi… Sans possibilité de sortir.

De plus, les cicatrices étant tellement importantes… Une infirmière devait passer tous les jours jusqu’à ce que celles-ci soient totalement refermées et soignées.

Sauf que voilà… En parallèle, la crise sanitaire était déclarée en France.
*Je fus alors déclaré comme personne à risque sévère… Et confiné chez moi avant que la France entière ne le soit.

La Cicatrice qui ne Guérit Pas

10 mars 2020 – Clinique Belharra, Bayonne

Nous étions le 10 mars. Les 2 petites cicatrices étaient très bien refermées… Mais la plus grande commence à inquiéter les infirmières.

J’étais donc envoyé chez mon médecin traitant… Qui décide de m’envoyer en urgence à la radiologie de la clinique Belharra de Bayonne.

Je devais juste aller faire une échographie de la cicatrice. Mais là, je me retrouvais en moins de 5 minutes couché sur un lit aux urgences.

Je ne comprenais pas tout… J’avais une infirmière étudiante qui me bombardait de questions. Je crois bien que c’était la première fois de ma vie que j’avais envoyé bouler une infirmière.

J’avais énormément de respect pour ce métier… Mais là, j’avais l’impression de passer un interrogatoire de la police.

Non seulement elle ne cessait de poser des questions qui ne la regardaient absolument pas… Mais en plus de ça, elle ne m’expliquait rien de ce qu’elle faisait.

« Je viens faire une échographie, ce n’est pas la première fois… Et là, je me retrouve allongé dans un lit aux urgences avec une perfusion dans le bras. »

La moutarde me montait au nez. Avant d’être très désagréable, je lui demandai ce qu’elle faisait… Pourquoi j’étais couché…

Elle me répondit que c’était comme ça… Que c’était le docteur qui avait demandé… Et qu’il allait bientôt venir.

J’essayai de prendre mon mal en patience… Mais à ce moment-là, j’avais vraiment pris sur moi.
*Excédé de passer du temps à l’hôpital… Et ne me rendant absolument pas compte de ce qui se passait.

Finalement, le docteur arriva… Puis m’expliqua qu’on faisait des analyses pour vérifier si je n’avais pas d’infection avant d’aller faire l’écho.

Une fois l’échographie passée, je compris que quelque chose n’allait pas. Un chirurgien vint alors me voir… Et m’expliqua qu’il allait devoir faire sauter les points de la cicatrice et poser une mèche dedans.

« Soit très bien, faites votre travail, docteur. »

Sauf que voilà… Faire sauter les points, ce n’était pas douloureux du tout.

En revanche, l’histoire de la mèche… J’avais vraiment souffert… Surtout quand il m’avait dit que ce serait comme ça tous les jours suivants.

Une mèche, c’est un morceau de coton médical… Qui fait à peu près 15 cm de long sur 1/2 cm de large.
*L’idée, c’est d’enfoncer ce morceau de coton dans la plaie… Afin que celle-ci draine le liquide qui se trouve dans une poche sous la cicatrice.

Ceci, tous les jours… La douleur allait être particulièrement intenable.

Je finis par rentrer chez moi le soir même… Rassuré de ne pas avoir une nuit de plus à passer dans cette clinique.

Mais 2 jours plus tard, le président annonçait le confinement obligatoire pour les 3 prochaines semaines. Non seulement je n’avais vu personne depuis le 1er mars… Mais il allait falloir tenir encore plus longtemps.

Dans mon malheur, j’ai eu la chance d’avoir 2 infirmières… Elles allaient se relayer tous les matins chez moi pour me soigner. Du coup, je me sentais un peu moins seul.

Si ce n’est que les effets secondaires du traitement allaient reprendre de plus belle durant ce confinement. Je me retrouvais une première fois avec des idéations suicidaires difficiles à gérer.

Ayant mon docteur en téléconsultation, je lui expliquai. Celle-ci m’avait demandé, par précaution, de retourner voir mon psychiatre… Pour qu’il me prescrive un traitement de fond contre la dépression.

Le Confinement et la Chute

Mars 2020 – Pays Basque, Confinement

La Solitude et les Idéations Suicidaires

Juillet 2020 – Retour à la réalité

Les effets secondaires du traitement reprennent de plus belle. Je me retrouvais une première fois avec des idéations suicidaires difficiles à gérer.

Ayant mon docteur en téléconsultation, je lui expliquai. Celle-ci m’avait demandé, par précaution, de retourner voir mon psychiatre… Pour qu’il me prescrive un traitement de fond contre la dépression.

Je retournai donc voir mon psychiatre. Qui me plaça sous antidépresseurs, puis sous anxiolytiques… Et enfin une molécule supplémentaire pour dormir.

Je pris tout ça avec confiance. Au bout d’une semaine, je sentais effectivement que les antidépresseurs fonctionnaient bien… Mais les anxiolytiques commençaient à me transformer en zombie.

Durant notre heure quotidienne de sortie, j’aimais aller faire un tour aux alentours de ma résidence. Il y avait une petite forêt à moins d’un kilomètre… Donc j’y allais tous les jours.

Sauf que là, je me rendis compte que non seulement je n’arrivais plus à aller aussi loin… Mais surtout que je marchais comme un zombie. On se serait cru dans un épisode de Walking Dead.

Me rendant compte de cet effet négatif sur mon cerveau et mon corps… Je décidai d’arrêter ce traitement. Bien mal m’en avait pris…

Ne jamais arrêter un traitement psychiatrique de manière brutale !

La première nuit, je me forçais à fermer les yeux. Impossible de dormir… Et les nuits suivantes furent pires.