Mine de rien, pendant ces 7 années à Marrakech, je m’étais créé un sacré réseau. Et la plupart du temps, mes clients sont toujours venus par le bouche-à-oreille : parce qu’ils étaient contents de mon travail, les gens parlaient de moi, et ça me permettait à chaque fois de décrocher des contrats de plus en plus gros.
Ça n’a pas changé en arrivant en France. Au contraire, ça s’est renforcé. Je demandai alors à certaines personnes : « Pourquoi tu ne m’as pas fait travailler quand j’étais au Maroc ? » Ils m’ont répondu : « Parce que tu étais au Maroc. Maintenant que tu es en France, j’ai plus confiance et je suis prêt à te faire bosser. » Bon, soit.
Ça m’a permis de redémarrer tout de suite mon activité. Je suis rentré fin novembre 2014. Il y a eu un petit temps de réadaptation, Noël… et puis dès janvier, j’ai pu commencer à travailler.
Un gros client — (au début, je pensais que c’était un petit client) — m’a appelé sur recommandation d’une de mes amies rencontrée à Marrakech. Il me dit : « Voilà, je me lance dans une grande aventure : je veux créer un site internet pour vendre de la charcuterie, du fromage et de la boulangerie française à Munich. Une activité de traiteur et boulanger à Munich. »
Je lui ai répondu : « C’est formidable ! Est-ce que tu as un cahier des charges ? Est-ce que tu sais ce que tu veux ? » Il était un peu perdu, c’était ses débuts. Alors on a fait le cahier des charges ensemble.
Et c’est devenu mon plus gros client. Aujourd’hui encore, c’est grâce à lui que… que je vis. Il m’apporte clairement plus de 50 % de mon chiffre d’affaires. On a commencé en 2015, ça fait 11 ans qu’on travaille ensemble. Je pense qu’il doit être plutôt satisfait de mes services.
Au bout de six mois, j’avais demandé à mes grands-parents si l’appartement qu’ils mettaient en location pour les curistes au Pays Basque, je pouvais venir y passer un mois pour me ressourcer. Comme ils avaient besoin d’avoir quelqu’un sur place pour faire des estimations, ils étaient très contents et m’ont répondu : « Avec plaisir, tu es vraiment le bienvenu ! »
Me voilà donc parti tout le mois de juillet pour Cambo, une ville que je ne connaissais absolument pas. Je connaissais le Pays Basque, mais pas ce village.
Un jour, pendant qu’on était à table avec mes grands-parents sur la terrasse de l’appartement, l’agent immobilier sonne à la porte (il m’avait demandé d’organiser un rendez-vous pour une estimation). Là, mes grands-parents apprennent une mauvaise nouvelle : l’appartement valait moins cher en 2015 qu’en 2007. Je les sens un peu frustrés.
Et je me dis : « Moi, je pourrais louer cet appartement. »
Et du coup, instantanément, j’en parle à mes grands-parents. Je demande à mon grand-père : « Est-ce que tu serais prêt à me louer cet appartement ? »
Là, je vois les yeux brillants de mon grand-père. Je m’en souviendrai toujours. Presque plein d’émotions, il me dit : « Mais tu es chez toi, mon Antoine. »
Et là… j’avais enfin trouvé un lieu. Où, effectivement, j’étais chez moi. J’avais mon chez-moi, dans un écrin de verdure.
Et j’allais y vivre les 11 prochaines années… Et toutes les joies et les épreuves que vous allez découvrir.
Cambo-les-Bains, ce joli village aux couleurs typiques du Pays Basque. La demeure d’Edmond Rostand (l’auteur de Cyrano de Bergerac)* est notre principale attraction touristique. C’est un petit village de 6 500 habitants.
Et je commence à le découvrir à pied, tranquillement. À faire des promenades autour, à me balader dans les petites forêts qui entourent le village.
Bref, je trouve vraiment un bon équilibre dans ce petit village.
J’arrive aussi dans un département où je ne connais personne. Vraiment personne. Donc il va falloir que je passe au-delà de ma timidité pour essayer de faire des rencontres.
Et le jour de mon anniversaire — je crois que c’était le 10 juin 2016 — je me retrouve dans une discothèque. J’adorais sortir. C’était vraiment mon plaisir… et ma libération de la semaine, en fait. J’adorais aller en boîte de nuit. C’était vraiment un endroit où je pouvais lâcher les chevaux, comme on dit.
Je vois deux mecs assis au comptoir, qui avaient l’air plutôt sympas. Du coup, je me suis rapproché d’eux, je me suis présenté, et je leur ai proposé de leur offrir un verre, parce que c’était mon anniversaire.
Et on allait devenir les meilleurs amis du monde. En tout cas, pour un temps.
On a fini la soirée tous ensemble, on a échangé nos coordonnées… et vraiment, une belle amitié allait naître. Avec Olivier.
Fin de l’été, je commençais à m’ennuyer. À part Olivier, dont j’avais fait la connaissance, j’étais un petit peu seul.
Du coup, j’ai eu l’envie de m’engager dans le milieu associatif, et surtout dans le secours à la personne. Donc j’avais le choix : soit la Croix-Rouge, soit la Protection Civile.
Je me rends donc au forum des associations de Bayonne, et je vois les deux stands. Sauf que… je pense que c’était l’heure du repas : à la Croix-Rouge, j’ai attendu vraiment longtemps devant le stand… mais personne.
Du coup, j’ai fini à la Protection Civile, où là, j’ai trouvé quatre personnes hyper sympas, très agréables, très à l’écoute.
Je leur demande alors : « Est-ce que vous acceptez des personnes comme moi, avec mes 145 kilos ? » Ce à quoi ils me répondent : « On accepte tout le monde. Tout le monde est le bienvenu. Et si tu arrives à passer tes diplômes, tu pourras devenir secouriste. »
Et là… mes yeux se sont illuminés. J’avais enfin trouvé ce que je voulais faire.
Et j’allais en faire des efforts, pour les avoir, ces diplômes.
J’ai commencé par passer le PSE1 — Premiers Secours en Équipe de niveau 1 — où on vous apprend toutes les bases du secourisme.
Et puis dans la foulée, vraiment trois mois après, j’ai passé mon PSE2. Donc, toujours pareil : Premiers Secours en Équipe, mais avec un niveau plus poussé — un savoir-faire presque digne de celui des pompiers.
D’ailleurs, on assiste les pompiers sur plusieurs postes de secours à Bayonne.
Notamment pour les fêtes de Bayonne. Et là, je peux vous dire qu’on voit les choses différemment quand on passe de l’autre côté de la barrière.
Vous avez une adrénaline qui vous pousse à être le meilleur face à la victime que vous avez en face de vous. Tout ce que vous avez appris en formation revient automatiquement. Vous pratiquez vraiment ce que vous avez appris.
Et vous rentrez le lendemain avec une fierté.
La fierté d’avoir sauvé une vie. La fierté d’avoir évité que l’état d’une personne empire.
Et tout ça bénévolement. Il ne faut pas l’oublier.
Mais je ne le faisais pas pour l’argent. Je gagnais enfin correctement ma vie. J’avais des contrats qui tombaient régulièrement. Ça, c’était plutôt agréable.
C’était une belle période de ma vie, ces deux premières années-là. Du travail, et des week-ends complets par les postes de secours que je faisais.
J’adorais notamment les matchs de rugby : la Protection Civile assure la sécurité des joueurs et des spectateurs au stade Jean-Dauger à Bayonne, dans le cadre du Top 14.
Après avoir fait les deux formations minimales, j’ai également passé le permis blanc — donc la possibilité de conduire une ambulance.
Ce qui veut dire que c’est vous le chauffeur, c’est vous qui êtes en charge de la victime, et c’est vous qui la chargez dans le véhicule et assurez sa bonne sécurité et enfin la liaison avec les Urgences.
J’avais enfin réussi. Je portais enfin un uniforme — le rêve de toute ma vie.
Surtout quand j’ai été nommé chef d’équipe : ça, ça m’a vraiment valorisé. Quand on vous confie une équipe, et que parfois… c’est vous qui vous retrouvez chef de poste parce qu’il n’y en a pas. C’est vous qui gérez l’intégralité du poste de secours. Donc, grosse responsabilité.
Mais toujours avec le cœur, plein d’entrain pour aller rendre service.
Au fil du temps, tous les membres de l’association étaient devenus mes équipiers, et beaucoup étaient devenus des amis, voire une seconde famille.
Là-bas, on n’est pas abandonnés. On n’est pas lâchés. Au contraire, on est soutenus. Enfin… c’est ce que je croyais.
Parce qu’ils vont vraiment me soutenir pendant mon traitement. Mais quand les difficultés vont arriver pour moi, quand je ne serai plus capable de me mettre à genoux pour faire un massage cardiaque lors d’un simple exercice…
Alors on me renverra de l’association. Sans me demander mon avis.